Expérience d’analytic chez les commerces rennais : premières révélations

En observant les débats publics liés à l’annonce de l’expérience d’analytic spatial au sein de commerces, nous avons pu formuler une première révélation : Un manque de transparence existant sur le sujet de la traçabilité des données.

L’annonce de la mise en place expérimentale de dispositifs de mesure des flux de déplacements dans quelques magasins du centre-ville de Rennes entraîne un débat utile et intéressant. Ce débat est celui des risques de traçabilité et d’irruption dans la vie privée des usagers de ces commerces. J’interviens dans cette expérimentation en tant que Chercheuse en sciences de l’information et de la communication, dans le cadre d’une thèse réalisée sur les mutations des relations entre les Rennais et les environnements commerciaux. Pour rappel, le projet consiste en l’installation de 30 capteurs pour 30 commerçants en centre-ville. Ces capteurs visent à apporter un indice sur le flux client dans l’espace du magasin. La box connectée permet par la captation d’ondes wifi d’un smartphone de distinguer les flux en magasin, sans identifier de façon personnelle le client.

Il est important de rappeler que le dispositif envisagé ne capte strictement rien des contenus des smartphones, mais seulement les signaux discrets émis par ceux ci, qui permettent seulement de distinguer des traces des mouvements et leurs plus ou moins grande intensité. Je reste extrêmement attachée à ce que le développement de la mutation numérique ne participe pas d’une mise sous contrôle et surveillance généralisée de chacun et de tous. C’est la raison pour laquelle le projet a été conçu de façon ouverte, avec une communication au grand public et acteurs rennais dès le début, afin que ses modalités et résultats soient accessibles à tous et donc sous le contrôle de chacun. Bien que l’expérience ne doive pas faire l’objet d’une déclaration auprès de la CNIL car elle entre dans le champ d’application des dispositions de l’article L. 581-9 du code de l’environnement, l’association a préféré la suspendre le temps d’une demande spécifique à la Commission.

Depuis quelques années déjà des dispositifs innovants, sous forme d’objets connectés, ont intégré les espaces marchands, des enseignes de l’innovation, comme Apple, aux centres commerciaux. Finalement, ce projet n’a rien de nouveau, la présence de capteurs existe depuis près de 5 ans, seulement les machines marchandes restent peu bavardes sur les dispositifs de traçabilité intégrés à leur stratégie client.

Dans une démarche d’observation liée à mes recherches, il a été essentiel de communiquer en toute transparence sur ce projet en amont et en aval du lancement. Premier article sur le site de l’association des commerçants, puis divers autres à travers le blog, les réseaux sociaux et les médias, dont cette Interview France Bleu. Ce positionnement a permis d’observer l’articulation des débats publics qu’un tel projet pouvait soulever. Deux premiers constats : une relative ignorance de la présence déjà effective de ces dispositifs dans le paysage commercial d’un territoire, mais aussi la méconnaissance des pouvoirs, enjeux et limites de ces technologies.

Outre l’accompagnement des commerces physiques d’un centre-ville dans l’hybridation de stratégies issues du web et l’expérience du rapport à de nouveau outils d’analytic en magasin, le projet appelle des débats intéressants. De ceux qui relancent quelques notions fondamentales. Nous pensons notamment à la signification de ce que l’on appelle aujourd’hui « vie privée », à la conception même du smartphone en tant que dispositif de mémoire externalisée de l’individu et donc lié à son intimité, ou encore à la « donnée personnelle ».

Un article ne saurait balayer touts ces débats qui feraient plutôt l’objet d’une thèse (ça tombe bien pour nous, nous y travaillons). Cependant, cette expérimentation permet de les réveiller, les soulever, les pointer, de les partager, pour comprendre où nous sommes et où nous allons. Aussi, nous continuerons de relayer ces regards posés et les questions que le projet soulève. D’ailleurs, si vous voulez allez plus loin sur le sujet, partager vos questions, vos observations, vos remarques, vos angoisses ou même vos cauchemars, contactez-nous via le blog ou la page Facebook.

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