Identités & numérique : Editorialisons nous !

Qu’est ce que l’identité ? Elle peut être un repère fictif. Ce genre de repère qui nous permet de nous situer face à un ensemble. Un repère non rationnel cependant, qui se construit aussi dans nos interactions. L’aspect concis de cette tentative de réponse nous rend plutôt satisfaits mon co-équipier et moi. Mais qu’en est-il de l’identité à travers le numérique ? Là, nous renfilons nos binocles et ouvrons la question avec un début d’observation…

Toujours en mouvement et évolutive, l’identité se construit à travers nos actions, le contexte dans lequel nous évoluons, mais elle est également le résultat de socialisations. Elle est unie à la notion de temps et donc d’expérience. Le numérique intensifie cela auprès des identités numériques de l’individu en les nourrissant de toutes ces interactions virtuelles. Nous pourrions dire que le constructivisme identitaire est un processus évoluant avec la modernité. L’objectivation de soi à travers le numérique (références aux traces, à l’ADN, etc.) rationalise l’identité. Dans un autre temps, les identités dites numériques apportent cette capacité à se mettre en scène, s’exposer subjectivement et par parties de Soi. L’individu peut créer sa propre identité à travers les interfaces numériques, c’est aussi la question des « profils » sur les réseaux sociaux. Ces réseaux lui permettent de procéder à la narration de lui-même et se mettre en abime. Dans ce sens, l’espace virtuel est en quelque sorte un potentiel de création d’un nouvel espace social, l’identification restant la seule contrainte à cela.

Plus que l’identité, la structuration identitaire n’échappe plus au numérique. La construction du Soi passe à la fois par un positionnement en association à un objet afin de se positionner socialement, une affiliation durable d’un sujet à un objet et une symbolique dans l’action. De cela, notre construction identitaire se réalise en particulier à travers la consommation, la relation aux objets. Petit point d’honneur sur le fait que l’expérience virtuelle modifie nos représentations et laisse place à des métaphores technologiques. La construction de Soi peut alors différer du Soi préexistant dans la vie réelle. Entre l’identité « réelle » et les identités numériques, se place l’imaginaire. C’est en cela que le concept même du Soi et de l’identité est bousculé par ces nouvelles pratiques et ces nouveaux usages de consommant.

Le contrôle du dé-contrôle

Alors que nous observons une homogénéisation et une rationalisation à travers l’outil numérique, notamment dans les normes de présentation de soi, un contre-courant émerge avec le web social. De plus en plus, les individus portent la volonté de s’individuer, se différencier sur la toile. Avec le web social, les lois de la personnalisation engrènent les imaginaires et forces symboliques. Les identités se multiplient et l’expérience à l’identité est nouvelle. Le contrôle du sujet sur ses identités porte avec lui un sentiment d’émancipation, une impression de liberté. L’innovation n’est plus hiérarchique mais générée, cultivée, par les internautes.

L’identité est multiple et le numérique accélère ces dynamiques, il en est un support. Je place la phrase fétiche de mon co-équipier ici : « Ce que tu es, est ce que tu fais ». Nous assistons à un processus de fabrication et d’éditorialisation de soi. L’image est construite en relation avec les autres, comme le montrent principalement les réseaux sociaux. L’image de soi est relationnelle à travers le numérique. L’identité est narrative, le sujet se raconte pour faire sens. Le phénomène du contrôle du dé-contrôle des individus sur leur représentations à travers le numérique, nous renvoie au principe du « sur-moi » de Norbert Elias et du « processus de civilisation ». Une forme d’individuation en paradoxe avec l’uniformisation des normes. A travers ce contrôle et une certaine maîtrise de l’objet technique, le sujet devient maître diffuseur des informations, il relaie, recommande, contribue, produit, s’approprie les objets. Il est marketeur, s’éditorialise. Son identité même devient une marque.

Dans cette dynamique, plus nous, sujets, générons du contenu à travers nos implications sur les réseaux, plus les informations personnelles s’accumulent, se dispersent, voir se vendent parfois. Alors que l’identité dite « réelle » se définit par l’addition d’un Soi physique évolutif mais irréductible et d’un Soi objectivé se construisant dans l’interaction, ce que nous pourrions appeler « identité numérique », toujours liée à « l’identité réelle », se détermine via des méthodes de traçage. Chaque jour, nous laissons des traces dans notre écriture de Soi, la récolte de ces traces est également aidée par des logiciels performatifs. Personne n’y échappe, car être tracé ou pas, ce choix n’existe plus.

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