Quel avenir pour le commerce de centre-ville? Rencontre avec le cabinet Bérénice

Aujourd’hui, nous vous partageons notre rencontre avec Mathilde Sill, directrice d’études à l’agence indépendante d’urbanisme commercial, Bérénice. On y parle de Rennes, de commerce de centre-ville,  de formes urbaines et d’évolution des process organisationnels… C’est parti.Cabinet Bérénice

Votre cabinet existe depuis plus de vingt cinq ans, quelles sont les problématiques qui ont mené à sa création?

La création de notre agence en 1989 est liée à la prise de conscience de la fragilisation commerciale des centres-villes, engendrée par le développement périphérique. On a tendance à l’oublier, mais cela fera bientôt trente ans que les collectivités se préoccupent de la concurrence entre « petits » et « grands » commerces, et sont en quête de solutions pour dynamiser leur centre-ville. Bérénice a été créé dans l’objectif de permettre ou faciliter la discussion entre les collectivités et les acteurs du commerce et de l’immobilier. Un objectif qui nous anime aujourd’hui encore !

Les demandes d’audit émanent-elles le plus souvent des institutions territoriales, ou peut-il y avoir d’autres entités commanditaires?

Nos clients sont à 50% des structures publiques ou para-publiques (villes, agglomération, sociétés publiques d’aménagements) et à 50% privées (foncières, promoteurs, aménageurs privés, enseignes, investisseurs). Les attentes de ces clients sont très différents et varient, mais notre méthodologie reste toujours assise sur ces trois piliers : territoire, commerce, consommation.

Selon vous, quel est le rôle à jouer de la ville (ou Métropole) face à l’évolution du commerce physique à travers la transformation numérique?

De mon point de vue, l’action des villes en matière de commerce est motivée par la nécessité de faire vivre, c’est-à- dire d’animer et de générer du flux, sur les espaces publics, supports de la vie en collectivité. Dans la poursuite de cet objectif, il me parait naturel qu’elles s’en préoccupent : Accompagner les commerçants dans leur transformation numérique c’est bien sûr s’assurer de leur attractivité et de leur pérennité. Mais c’est également travailler l’image d’un territoire, d’une ville « connectée », pour fidéliser et donner envie de venir et de revenir.

Reprenons cette même question mais du point de vue d’une association de commerçants?

Une association de commerçants a pour raison d’être l’animation d’un pôle marchand et la communication sur son offre commerciale. Son rôle est donc évident de ce point de vue, car Internet est aujourd’hui le principal relai et source d’informations sur le commerce de centre-ville.

Les espaces sont en mouvance permanente et les rapports à ces espaces diffèrent selon chaque contexte (politique, commercial, touristique, culturel, etc.). Comment alors définir un centre-ville, et notamment son périmètre, en amont de l’écriture d’un plan d’action?

Notre terrain de jeu, l’« hypercentre marchand », s’inscrit dans un ensemble plus vaste, le centre-ville, qui se caractérise par l’intensité de la vie urbaine, culturelle, sociale, qu’il accueille. L’hypercentre marchand est plus restreint et ne recouvre qu’une partie de ce périmètre central. Il se définit par la présence de commerces en linéaires continus, s’adressant à une clientèle communale, intercommunale voire au-delà.

Vous êtes à l’origine du plan d’action Commerce en centre-ville à Rennes. Suite à votre analyse sur l’organisation des différents acteurs territoriaux et associatifs rennais, quelles seront les principales conditions nécessaires à la bonne mise en œuvre de ce programme d’action?

Le centre-ville de Rennes figure parmi les plus beaux centres-villes français, grâce à la densité et à l’originalité de son offre commerciale, mais également à son cadre patrimonial exceptionnel. Le plan d’action auquel nous avons contribué repose en premier lieu sur une meilleure coordination de l’ensemble des interventions et une clarification du rôle de chaque acteur (différents services de la ville et de la Métropole, association de commerçants, aménageurs, acteurs privés). Il vise également à renforcer la communication globale sur l’offre du centre-ville, c’est-à- dire commerciale et festive, touristique et culturelle.

Lorsque les citoyens sont plus que jamais des acteurs, ne doivent-ils pas participer tel des partenaires à une forme de co-construction de ce plan? Dans quelle mesure est-il possible de le faire?

La contribution des citoyens constitue en effet une réelle valeur ajoutée, qu’ils soient « acteurs » ou simples « consommateurs » du centre-ville. Elle enrichit l’approche et peut être porteuse de projets très concrets. Le processus d’élaboration du plan d’action pour le centre-ville de Rennes s’est nourri d’un grand nombre de contribution et d’études et notamment d’enquêtes auprès des Rennais (usagers, consommateurs). En phase opérationnelle, il serait effectivement déterminant de les inciter à s’investir pour la mise en œuvre ou la réussite de certaines actions. Mais la mobilisation des citoyens n’est pas si évidente que cela peut sembler. En effet, il est plus facile de solliciter ceux qui, parmi les habitants, sont déjà sensibilisés ou disponibles (conseils ou associations de quartier, collectif d’habitants ou d’usagers, …), mais se pose souvent la question de leur représentativité.

Les Administrations représentent, dans le contexte de la transformation numérique, le risque de l’antithèse entre contrôle et confiance. Cela notamment par la volonté de contrôler les projets et la façon de les mener. Le risque étant de persévérer dans le cloisonnement et le manque d’ouverture face à tout un écosystème. Est-ce un axe sur lequel le cabinet travaille également?

Notre intervention consiste souvent à faire dialoguer différents acteurs publics et privés, et de faire tomber à cette occasion des tabous ou des a priori qui faussent la relation. Dans le contexte économique actuel, le partenariat s’impose de plus en plus dans la mise en œuvre des projets des collectivités. Nous espérons que cela peut aller dans le sens d’une plus grande ouverture !

Par ici, nous nous sommes demandés ce que ferait Google à la place d’une association de commerçants (article à venir). Cela, pour amener une question plus globale. Selon vous, doit-on reconsidérer les fondamentaux organisationnels des villes dans la façon de faire le territoire ou s’agit-il plus simplement d’apporter des améliorations sur le fonctionnement existant entre les acteurs locaux?

De mon point de vue, les choses sont en train de changer : le numérique permet une relation plus horizontale entre les citoyens et les acteurs locaux. Par ailleurs, faute de moyens financiers, les collectivités sont amenées à innover par des méthodologies de travail partenarial. De nouveaux modèles sont en train d’émerger et nous essayons de les promouvoir dans les territoires que nous accompagnons.

Quel est le dernier plus bel exemple que vous pourriez citer en termes d’évolution du tissu commercial d’un territoire grâce à des actions communes?

Sans hésiter, c’est le travail du collectif « Ici Bientôt », qui réunit trois structures de Saint-Etienne (le CREFAD Loire, Carton Plein, Typotopy) autour d’une démarche très concrète de réactivation de locaux vacants dans une rue du centre-ville. Leur blog donne un bel aperçu de leur travail.

(Visited 267 times, 1 visits today)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *