Questions à Marc Hervé

Après nos bavardages au sujet de l’évolution du commerce à travers la transformation numérique sur ce blog avec différents acteurs rennais, il était temps de questionner le paysage politique. Il fait partie de ceux qui « font la ville » sur le territoire rennais, Marc Hervé, répond à nos questions.

Marc Hervé

Pouvez-vous nous partager quelques mots sur votre mission en tant qu’élu à la Ville et à la Métropole?

Je suis élu municipal depuis mars 2008, avec une réélection en mars 2014. Nathalie Appéré, Maire de Rennes, a souhaité que je m’occupe des fonctions budgétaires et de l’administration générale pour ce qui est de la Ville de Rennes. Par ailleurs, je me suis vu confier tout ce qui concerne les relations économiques, avec notamment le commerce et l’artisanat, à la fois à la Ville et à la Métropole. Cela permet d’avoir un lien et une échelle beaucoup plus large sur les attributions de la politique économique de nos deux Institutions. Pour le commerce, cela concerne d’une part les points d’entrée du quotidien des commerçant (donc ce qui relève de la propreté, la tranquillité, l’animation, etc.) sur lesquels il faut que l’on soit présent avec les différents services qui peuvent amener leur concours. D’autre part, il y a également la fonction liée au programme municipal où l’on définit ce qu’est notre vision du territoire pour un certain nombre de politiques publiques dont la politique économique avec le commerce. C’est de cette politique menée qu’est né le « Plan d’action centre-ville ».

Cela nous amène à notre deuxième question, Rennes Métropole, accompagnée des acteurs du commerce rennais (CCI, Union du commerce, Carré Rennais, etc.), a fait appel en 2016 à un cabinet d’urbanisme, Bérénice, sur le sujet du commerce en centre-ville. Depuis, différents leviers d’actions ont été formulés. Comment s’est dessinée la démarche vers ce plan d’action?

Les premières réflexions ont été engagées en 2014, le plan d’action a été signé en février 2016. L’idée de celui-ci est de co-produire avec les différents acteurs et instances du commerce à Rennes (CCI, Carré Rennais, Union du commerce, Chambre des métiers, fédération de l’habillement, etc.) une stratégie d’action pour conforter une « destination commerce centre-ville ». Ce plan d’action, établi en 2015, est aussi arrivé suite à une période particulière, sortie de crise, puis la période de chantiers à Rennes qui a des conséquences sur l’accessibilité en centre-ville. Nous devions donc croiser nos attentes les uns et les autres. Dans l’organisation d’une ville nous sommes très attentifs à ce que les centralités vivent bien et le commerce à un rôle important pour cela. C’est une des sources d’animation du centre-ville. C’est le quartier de tous les rennais-es, fait de liens et qui porte une part de la cohésion sociale. Consciemment, ou inconsciemment d’ailleurs, c’est un lieu de convergence des habitants du territoire. L’intérêt du Plan d’action est de proposer un certain nombre de solutions à partir de 2015 avec l’accompagnement du cabinet Bérénice. La formalisation d’un texte commun à toutes ces parties prenantes était une première. La démarche nous a tous semblé nécessaire dans un moment de métamorphose de la ville. Le centre-ville de Rennes est puissant, il représente plus de 600 millions d’euros de chiffres d’affaire à l’année pour 1700 commerces avec une dimension métropolitaine. Il était donc important d’accompagner le commerce dans ces évolutions urbaines en cours.

Deux ans après l’écriture du plan d’action, quels sont les objectifs acquis et en cours pour le centre-ville et ses commerces ?

Pour citer quelques exemples je dirais du point de vue de la mobilité la mise en circulation d’un « pass pluriel ». Lui a été directement motivé par le plan d’action. Avec 5€ vous avez la possibilité de circuler en groupe (5 personnes) toute la journée avec tout le réseau Star dans la métropole rennaise. Sur l’identité, c’était la question du numérique, le site de l’association des commerçants, le Carré Rennais, l’opérateur principal du centre-ville, a été refondé avec une approche basée sur l’utilisateur. Les Halles centrales, qui font également partie du plan d’action, ont commencé à évoluer dans le sens d’un « pôle gourmand ». Une communication officielle partira au printemps prochain. Au-delà de ces trois exemples, ce sont aussi les arrivées d’enseignes motrices dans le centre comme Nespresso, Sostrene grene, Uniqlo, etc. Enfin, l’évolution de la gestion des déchets, car désormais l’espace public est libéré avant 12h30, encore une fois pour aller dans le sens d’une meilleure expérience centre-ville. Pierre à pierre nous construisons quelque chose.

Au sein de cette démarche est née le pôle d’expérimentation d’un « centre-ville 4.0 » avec le cabinet d’urbanisme mettant en avant un potentiel de valorisation du commerce de centre-ville via le numérique. Quel rôle pour la Métropole, est-ce un projet politique, comme cela a pu être le cas à Nantes avec le lancement de l’application unique « Nantes dans ma poche », ou la Métropole est-elle ici plutôt un support laissant la place à des expérimentations menées par le secteur privé ?

L’objectif pour la collectivité dans ce cadre est de faire le lien entre différents univers qui ne se connaissent pas. Sur le numérique et le commerce on voit bien que nous sommes passés d’une défiance de deux univers, à un monde de convergences, avec l’hybridation du commerce physique et du commerce virtuel. Tout commerce doit avoir une présence sur Facebook par exemple et faire vivre un réseau, une communauté. C’est aussi ce qui nous semble nécessiter la mise en place d’une stratégie sur l’apport des acteurs du territoire et la valorisation de l’existant. Cela afin que chaque acteur n’ait pas sa propre application mais plutôt de rallier les forces de chacun sur un même projet qui rende service à l’utilisateur. Il ne s’agit pas de construire un annuaire comme on peut déjà le trouver sur Google mais bien d’apporter une plus value. Sur l’application, il faut une ligne éditoriale. Le portage politique d’une telle application ne me parait pas possible pour une collectivité. Il s’agit davantage de définir les modes de promotions plus que de la faire. Le secteur commerçant doit s’approprier ces nouveaux outils, comme le serait une application unique liée au territoire rennais.

A quoi ressemblerait dans votre imaginaire, et depuis votre point de vue, le centre-ville de Rennes d’ici quelques années avec ces transformations en cours ?

Tout d’abord un centre-ville vivant, c’est fondamental. L’animation du centre-ville est importante car la première chose que nous demande le monde économique, c’est de générer du flux. Après c’est à la charge des commerçants d’accrocher ce flux et de le transformer en acte d’achat. Pour que le centre-ville soit vivant, il y a également la question de la mobilité. Le centre-ville de 2020, c’est un centre-ville facilement accessible et nous y travaillons ardemment avec par exemple le développement des transports en commun, ou encore la révision de la grille tarifaire du stationnement visant un maximum de rotation et de places libres en voirie. Ce qui permet donc d’accueillir sur la fonction achat et démarche le plus de clientèle possible. Un centre-ville animé donc, et pour cela il faut retrouver les fonctions métropolitaines qui le permettent, c’est par exemple le cas du projet du Centre des Congrès. Le centre-ville doit être facile à vivre avec une offre attractive et différenciante. J’ai aussi l’espoir qu’à l’horizon 2020/2025 le Palais du commerce aura retrouvé des fonctions commerciales. Il représente le trait d’union entre le nord et le sud du centre-ville, il faut donc en faire un vrai lieu de jonction. L’autre sujet c’est « Colombia 2 » avec le croisement entre le EuroRennes et le Colombia. Il n’y aura pas de centre commercial dans EuroRennes mais par contre nous souhaitons conforter le Colombia en lui apportant une dizaine de milliers de m² supplémentaires. Le centre-ville continuera donc à s’étendre allant du nord à l’Hotel Dieu jusqu’au sud avec EuroRennes, puis de l’Ouest avec le Mail François Mitterrand qui est désormais pleinement intégré au centre-ville, jusqu’à l’est à Baud-Chardonnet. Le centre-ville évolue à travers un changement d’échelle, jusqu’à devenir un cœur de métropole. Dans ce changement d’échelle, le numérique a pleinement sa part. On retrouve l’ancrage French Tech de la métropole aussi dans l’espace public et dans l’usage que l’on peut avoir de la ville.

Comment le commerce est-il intégré aux politiques d’urbanisation et d’équipement de l’espace ? (L’est-il ?)  La question se pose plus que jamais dans un contexte de grands projets urbains, plusieurs exemples viennent dans l’actualité rennaise, c’est le cas de la transformation du Couvent des Jacobins en Centre des Congrès, de l’arrivée de la LGV et avec elle un phénomène de gentrification s’intensifiant, mais aussi EuroRennes, etc.

Le commerce est une fonction historique traditionnelle des centres-villes. Les deux sont consubstantiels. Dans les villes Européennes en tout cas, car ailleurs les logiques urbaines ne sont pas les mêmes (les villes Nord-Américaines par exemple ne sont pas conçues autour de centralités). Ici, la fonction commerçante intègrera toujours la construction du territoire et pour cela le commerce physique perdurera. Lorsque l’on travaille au devenir du centre-ville, nous travaillons sur le devenir du commerce. C’est aussi le sujet du plan d’action commerce, nous avions une vision des infrastructures et il nous fallait remettre l’humain au cœur de cette vision.

Si l’on prend l’arrivée du Centre des Congrès par l’investissement du Couvent des Jacobins, quelle a été la démarche d’intégration du tissu commerçant des alentours ?

Il y a eu un travail d’information auprès des commerçants et sur l’accompagnement en temps de chantier avec notamment de la médiation travaux. Cela pour faire en sorte que ce temps douloureux en termes d’impact du commerce soit le mieux vécu possible. Les droits terrasses ont été réduit pour accompagner économiquement des exploitations qui pouvaient être compliquées. De fait, on a eu peu de défaillances commerciales, il y a eu de vraies fragilités qui se sont révélées, mais lorsque l’on regarde ces 3 dernières années les taux de vacances n’ont pas explosé malgré la difficulté.

Selon vous, la transformation numérique entraîne-t-elle une nouvelle conception de la relation entre la Ville et le commerce ?

Oui, car tous les domaines sont touchés. Cela change notre manière d’objectiver la situation du commerce, plus particulièrement de centre-ville. Les leviers d’informations étant maintenant multi-canaux. L’appréciation est différente. Cela apporte des relations à la fois plus complexes et plus riches, alors qu’elles étaient plus cloisonnées et étanches auparavant. Il nous faut trouver de nouvelles manières d’organiser et de hiérarchiser les informations. Il est important de rester vigilant face à la sur-information. C’est une formidable richesse, mais attention à ne pas s’y perdre. Pour nous, Institution territoriale, c’est avant tout se demander ce qui est important pour la ville de Rennes, une fois que cela est défini il s’agit de bien retranscrire et organiser les idées.

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