Lorsque la consommation (re)dessine les villes

Réflexion

Il est évident que la transformation numérique porte avec elle des situations inédites ayant des conséquences sociales, économiques et culturelles. Nous pouvons remarquer assez facilement que ces évolutions liées au numérique ne s’arborent d’un sens, quel qu’il soit, qu’à posteriori de leur matérialisation. Tout simplement par le fait que ces ruptures sont difficilement prévisibles, tout comme leurs impacts. Elles ne peuvent être pensées en amont, avant qu’elles n’existent. Le sens arrive alors à travers les usages, parfois initiés, souvent détournés. C’est l’exemple du GPS initialement conçu pour orienter les missiles des sous-marins, aujourd’hui généralisé dans l’orientation personnelle des individus lors de leurs trajets sous quel mode qu’il soit. Il aurait été impossible de penser le sens de ces avancées technologiques à leur première apparition. Le schéma est le même pour la découverte en 1911 des ultra-sons mis au service de la détection des sous-marins. Ces mêmes ultra-sons qui au fur et à mesure de l’évolution technologique ont permis l’arrivée de… l’échographie.

Le sens par l’usage

Nous pouvons donc dire que comme toute avancée technique, le numérique ne se signifie qu’à travers les usages. Internet n’est pas un media, il est une plateforme, une sorte de tribune, appropriable par tous à la seule condition de la connexion et de l’intégration des normes d’usage. L’évolution numérique et les usages qu’elle laisse émerger nous apportent à nous aussi, individu, de nouveaux rôles à jouer, en tant que consommateur, mais aussi en tant que citoyen.

Les territoires (re)dessinés par les nouvelles pratiques de consommation

« La ville est-elle un sujet de recherche » questionne toujours Mehdi Arrignon dans son ouvrage « Sociologie et politiques urbaines » en 2019. Pourtant, la lecture du territoire (1) dans sa dimension informationnelle par le questionnement de mise en forme et mise en sens de l’espace, mais également dans sa dimension sociologique à travers les représentations et usages au sein des espaces, semble plus que jamais en évolution.

Des précédentes ouvertures issues de mon travail de recherche, nous voyons que l’imprégnation de la technique, aujourd’hui du numérique, à nos usages nous portent de plus en plus vers une vision utilitariste du monde. Nous consommons la ville en lui conférant une dimension globalement fonctionnaliste et c’est d’ailleurs tout l’enjeu des « villes intelligentes » algorithmiquement organisées.

Nous sommes 2 milliards de consommateurs en ligne à l’échelle mondiale, nous consommons deux fois plus qu’il y a cinquante ans. Plus de 88% des français utilisent Internet en 2018 et 83% des internautes achètent en ligne. L’ecommerce voit, lui, son chiffre d’affaire tripler entre 2007 et 2018. La logistique implacable des plateformes en ligne (im)posent plus que jamais la question de la logistique urbaine comme enjeu des années à venir. Face à cela, les évolutions numériques nous portent vers la nouvelle ère de la 5G et des objets connectés.

Cette observation questionne les processus de (re)composition de la ville, dans sa dimension symbolique et matérielle, par les pratiques de consommation issues de nos usages numériques. Le sujet interpelle à la fois l’étude des usages numériques, l’évolutions des formes urbaines face aux nouvelles pratiques de consommation indéniablement liées aux attentes que ces plateformes numériques génèrent chez l’usager.

Le cas de la logistique urbaine

Les Métropoles se trouvent en plein cœur de ces évolutions (grands projets urbains, nouvelles infrastructures, nouvelle éditorialisation de la ville) ce qui en fait des terrains de recherche des plus intéressants. Nous voyons par ailleurs de plus en plus évoluer les places et rôles de chaque acteur du territoire. Un exemple en France, celui du groupe La Poste se positionnant actuellement sur ces questions de « logistique urbaine » en projetant la construction d’entrepôts aux entrées des villes avec une quête de la meilleure formule pour « le dernier kilomètre ». Cela soulève des questions passionnantes comme celle des représentations de l’espace public, se rapprochant de plus en plus de la définition d’un espace pratique. C’est également la question des dynamiques de privatisation dans l’organisation du territoire avec en tête de liste les géants du numérique venant petit à petit dessiner le paysage urbain (Amazon installe ses consignes dans la ville, Facebook l’éditorialise, Google la rationalise, etc.).

Notes
1 / JEAN Yves (dir.) ; CALENGE, Christian (dir.). Lire les territoires. Nouvelle édition [en ligne]. Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2002 (généré le 09 mars 2019). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pufr/1765>. ISBN : 9782869063273. DOI : 10.4000/books.pufr.1765.
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